Actualités de l'association de défense des victimes du Médiator et de l'Isoméride (AVIM)

Mediator : Le laboratoire Servier dans la tourmente judiciaire

Le Figaro, samedi 5 juin 2010, par Anne Jouan

Une patiente attaque le groupe français qu'elle juge responsable de sa maladie cardiaque.

Servier, le deuxième groupe pharmaceutique français après Sanofi-Aventis, connaît une mauvaise passe. Le laboratoire est attaqué en responsabilité devant le tribunal civil par une patiente souffrant d'une lourde pathologie cardiaque. Pendant sept ans, elle avait pris, au rythme de trois par jour, l'un de ses médicaments vedettes, Mediator, pour perdre du poids. Et un livre à charge contre ce même médicament vient de paraître.


Jeudi, le tribunal de Nanterre a donné raison à Françoise qui demandait la nomination d'un expert pour établir le lien de cause à effet entre la prise de ce médicament et son affection. En 2008, la plaignante, âgée d'une cinquantaine d'années, subit une lourde intervention chirurgicale : une opération pour une double valvulopathie aortique et mitrale. [...] De plus, le livre-enquête de la pneumologue Irène Frachon (CHU de Brest), véritable charge contre Mediator (chimiquement proche de l'Isoméride, retiré de la vente en 1997) est disponible en librairie depuis deux jours.


Cet ouvrage, qui fait beaucoup de bruit, rapporte par le menu comment une équipe de médecins de Brest s'est battue pendant des mois pour prouver aux autorités sanitaires françaises les effets délétères que pouvait avoir Mediator, 44e médicament le plus vendu en France en 2007. Réservé à l'origine aux diabétiques en surcharge pondérale puis prescrit aux patients désireux de perdre du poids, il s'agit d'un dérivé des amphétamines. Ses effets secondaires, longtemps méconnus, sont graves : maladie des valves cardiaques et hypertension artérielle pulmonaire. « Quand les cardiologues voyaient une valvulopathie, ils se disaient qu'il pouvait s'agir d'un rhumatisme articulaire », explique Catherine Hill, membre du conseil scientifique de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).


Au terme d'un travail de fourmi et armés de publications dans des revues médicales prestigieuses (New England Journal of Medicine, Plos One), ces médecins, Irène Frachon en tête, vont finalement réussir à convaincre l'Afssaps. Cette dernière attendra le 30 novembre 2009 pour ordonner une suspension de mise sur le marché du médicament incriminé. Soit trente-trois ans après sa commercialisation et dix ans après la première déclaration de pharmacovigilance à l'Afssaps. « L'industrie pharmaceutique est en panne d'innovation. Elle s'accroche aux vieilles molécules, et garde, contre vents et marées, des médicaments comme Mediator », explique le Dr Frachon. Elle estime que les problèmes graves imputables à ce médicament concerneraient 0,5 patient pour 1 000. Quand Mediator a été retiré du marché, 300 000 étaient sous traitement et 2 millions en avaient pris. De son côté, l'avocate de Servier, Me Nathalie Carrère, estime qu'«aucun lien de causalité directe et certain n'a été démontré».


Lundi dernier, Servier a demandé en référé le retrait du sous-titre du livre Combien de morts ?, une procédure rarissime en France. « Je ne vois pas quel préjudice je peux porter sur un médicament qui n'est plus en vente», s'étonne le patron de la petite maison d'édition brestoise, Charles Kermarec, qui estime que changer la couverture reviendrait à «mettre le livre au pilon ». Le jugement a été mis en délibéré au 7 juin. Mais l'avocat de l'éditeur, Me François Honnorat, se doute que Servier attaquera ensuite sur le fond du livre.


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