Actualités de l'association de défense des victimes du Médiator et de l'Isoméride (AVIM)

Du scandale du mediator à la nouvelle loi sur le médicament

Les Echos, mercredi 28 décembre 2011, par Laurence Bollack

Les Echos

Le médicament de Servier est suspecté d'avoir causé la mort de 500 à 2.000 personnes. Une nouvelle loi a été adoptée la semaine dernière pour tenter de restaurer la confiance dans le système de santé.


L'industrie du médicament a tremblé sur ses bases en 2011. Tout est parti, fin 2010, d'une étude de la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) sur les dangers du Mediator, un antidiabétique des laboratoires Servier suspecté d'avoir causé la mort de plusieurs centaines de personnes. Massivement prescrit comme coupe-faim entre 1976 et 2009, le produit pourrait avoir entraîné entre 500 et 2.000 décès. Missionnée pour enquêter, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a rendu mi-janvier un rapport accablant pour le groupe pharmaceutique. Il est reproché à Servier d'avoir présenté comme un antidiabétique ce qui était en fait un puissant anorexigène. A partir de là, les conséquences ont été terribles pour le laboratoire et pour l'ensemble de l'industrie, qui a passé le reste de l'année à tenter de restaurer la confiance dans le système de santé.


Deuxième laboratoire tricolore derrière Sanofi, avec 3,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et plus de 20.000 salariés dans le monde, Servier est apparu comme le mouton noir de la profession. Le LEEM, le syndicat patronal des laboratoires, l'a très vite lâché, voulant à tout prix éviter que les Français ne fassent l'amalgame avec l'ensemble des groupes pharmaceutiques. Dès lors, l'industriel a dû faire face à un déferlement médiatique tel que plus personne, et notamment les hommes politiques, n'a voulu admettre avoir eu des contacts avec le groupe.


Plus grave, l'activité commerciale de Servier a commencé à souffrir, et les ventes pourraient pâtir du fait que d'autres médicaments de l'entreprise sont sur la sellette, comme le Vastarel et le Trivastal, qui figurent sur la liste des produits à surveiller de près établie par les autorités sanitaires françaises. En outre, les choix stratégiques en matière de R&D n'ont visiblement pas été judicieux : le laboratoire accuse un vrai retard en matière de biotechnologies. Même s'il tente de le combler grâce aux partenariats signés récemment, il ne devrait pas être en mesure de mettre sur le marché un de ces produits innovants avant sept ou huit ans.


Dans l'affaire Mediator, un premier procès se tiendra en mai 2012 à Nanterre, Jacques Servier et cinq entités juridiques de son groupe ayant été mis en examen en septembre pour « homicides et blessures involontaires, tromperie aggravée, escroquerie ». Parallèlement, une information judiciaire est conduite par deux juges d'instruction à Paris, où la procédure pourrait ne déboucher sur un procès que dans plusieurs années.


Autre instance visée par le scandale Mediator : l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), dont les experts ont été jugés trop proches des laboratoires. Devant l'ampleur de la défiance, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a voulu une nouvelle loi sur la sécurité des médicaments. Adopté définitivement la semaine dernière, le texte prévoit que les responsables et experts des autorités sanitaires devront déposer et actualiser une déclaration publique d'intérêts sur leurs liens avec l'industrie pharmaceutique dans les cinq dernières années. Quant à l'Afssaps, elle est remplacée par une Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) aux pouvoirs élargis. L'Agence pourra notamment demander à l'industrie pharmaceutique de mener des essais comparatifs pour montrer l'amélioration d'un nouveau produit par rapport à un médicament existant.


La réforme prévoit par ailleurs qu'un professionnel de santé qui alerterait les autorités sanitaires sur la nocivité d'un médicament sera protégé de toute sanction ou discrimination, en particulier de la part de son employeur. Enfin, sauf pour certains médicaments, les visiteurs médicaux présentant de nouveaux produits à l'hôpital devront le faire devant un groupe de médecins, et non plus en face à face avec un seul praticien.


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