Actualités de l'association de défense des victimes du Médiator et de l'Isoméride (AVIM)

Mediator : Plaintes en cascade dans l'affaire du Mediator

Le Point, mardi 11 janvier 2011, par Gérard Bon, Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - Cent seize plaintes pour homicides et blessures involontaires ont été déposées mardi devant la justice française par l'Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator (Avim).

L'antidiabétique du Laboratoire Servier, également utilisé comme coupe-faim, serait responsable selon les études de 500 à 2.000 décès en France dus à des problèmes cardiaques.

Une enquête préliminaire a été ouverte en décembre par le parquet de Paris, choisi par le ministère pour traiter toutes les plaintes nationales, mais les associations veulent obtenir la désignation assez rapide d'un juge d'instruction indépendant.

Le président de l'Avim, Dominique-Michel Courtois, a assuré mardi que des centaines d'autres plaintes de malades ou de proches de victimes décédées allaient suivre.

« On va aller de surprise en surprise et on commence à les connaître, c'est-à-dire des dysfonctionnements depuis de nombreuses années dans toutes les structures de contrôle », a-t-il dit à des journalistes.

« C'est ce qui explique que le médicament a pu être vendu sans aucun problème jusqu'en 2009 alors qu'on sait qu'au mieux il n'avait aucun effet et qu'au pire il entraînait les complications cardio-vasculaires que l'on connaît aujourd'hui », a-t-il ajouté.

L'association UFC-Que Choisir a également annoncé qu'elle déposerait plainte contre X à Paris « avant jeudi » pour « mise en danger de la vie d'autrui, homicides et blessures involontaires, tromperie sur la marchandise et sur les risques inhérents du produit », a précisé son président, Alain Bazot.


Laisser du temps à la justice


Echaudées par d'autres procédures pénales longues et infructueuses, comme dans le dossier de l'hormone de croissance, d'autres associations de victimes disent vouloir privilégier une demande d'indemnisation à l'amiable.

Le Mediator, mis sur le marché en 1976, a été interdit en France en novembre 2009, longtemps après son retrait dans d'autres pays occidentaux.

Dès les années 1990, des médecins avaient lancé des alertes sur ses effets secondaires cardiaques mortels, des valvulopathies, mais aucune mesure n'a été prise. Des études jugeaient par ailleurs qu'il était sans intérêt thérapeutique.

Confiée à la police et la gendarmerie, l'enquête préliminaire du parquet n'a pas avancé, car il semble attendre le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui doit être remis mi-janvier au ministre de la Santé.

Aucune perquisition ni interrogatoire n'a encore visé le laboratoire Servier.

Lors d'une cérémonie de voeux à son personnel la semaine dernière, Jacques Servier, fondateur du laboratoire, avait estimé que le Mediator n'avait fait que trois morts et que le chiffre de 500 avancé par des études relevait du "marketing".

Depuis, Lucy Vincent, directrice générale du laboratoire, a déclaré que « la mort de trois personnes, c'est déjà trop », tout en continuant à contester les études ayant conclu au décès de 500 à 2.000 personnes.

Elle a également assuré que le groupe Servier était « prêt à assumer sa responsabilité si elle est engagée ».

Le dossier du Mediator provoque un débat sur l'influence des laboratoires pharmaceutiques sur les décisions de santé publique.

A l'Assemblée Nationale, le Ministre de la Santé Xavier Bertrand a promis des indemnisations « justes et rapides » des victimes et proposé d'agir sur les conflits d'intérêts.

« Il faut une transparence notamment au niveau des agences de santé (...) Je souhaite qu'il y ait la totale clarté, la totale transparence, qu'il y ait même maintenant des déclarations d'intérêt pour les membres des cabinets ministériels », a-t-il dit.

Une demi-douzaine de ministres de la Santé risquent de se voir reprocher leur manque de vigilance. En outre, Nicolas Sarkozy avait conseillé Jacques Servier lorsqu'il était avocat d'affaires. Devenu président, il lui a remis la Légion d'honneur personnellement en 2008.

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