Actualités de l'association de défense des victimes du Médiator et de l'Isoméride (AVIM)

Mediator : Comment un médecin anonyme fait interdire un médicament dangereux

Le Parisien, jeudi 3 juin 2010

Irène Frachon, pneumologue de Brest, a lutté pendant deux ans pour faire interdire le Mediator. Un récit qui fait froid dans le dos ...


C'est grâce au travail méthodique d'une femme médecin de Brest qu'un médicament dangereux a été retiré du marché, le 25 novembre dernier. Le docteur Irène Frachon publie aujourd'hui « Mediator, combien de morts ? », l'histoire de son combat contre cet antidiabétique, utilisé en fait pour maigrir. Vendu à 2 millions de patients depuis 1976, il a, selon elle, provoqué au moins cinq décès et des centaines d'effets indésirables cardiaques graves. Le laboratoire Servier, son fabricant a retiré son médicament du monde entier, mais conteste la dangerosité de son produit, et a engagé une procédure judiciaire pour que l'appellation « Combien de morts ? » disparaisse de la couverture du livre.


Le Parisien : Pourquoi avez-vous enquêté sur ce médicament ?


Dr IRÈNE FRACHON : Rien ne me prédisposait à cela. Je suis un simple médecin hospitalier pneumologue au CHU de Brest âgée de 47 ans. En février 2007, j'ai pris en charge une première patiente qui était atteinte d'hypertension artérielle pulmonaire et qui prenait du médicament Mediator. Cela m'a mis la puce à l'oreille car la revue spécialisée « Prescrire » avait écrit un papier en 2006 sur les dangers supposés de ce médicament qu'elle comparait au coupe-faim Isoméride, produit par le même laboratoire, Servier. J'étais sensibilisée au problème car j'ai commencé ma carrière comme interne à l'hôpital Antoine-Béclère, dans l'équipe qui avait dénoncé les dangers de l'Isoméride. Cela a aiguisé ma curiosité, et j'ai décidé d'en savoir plus sur ce mystérieux médicament Mediator, en me demandant si ce n'était pas un cousin de coupe-faim tristement célèbre.

L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé nous a enfin pris au sérieux en février 2009.

Le Parisien : Comment avez-vous procédé ?


Dr IRÈNE FRACHON : Ce fut un vrai polar sanitaire. Si je ne m'étais pas battue avec acharnement sur ce dossier, ce médicament dangereux serait toujours en circulation. Avec des collègues cardiologues, on a ouvert des dizaines de dossiers médicaux de patients qui avaient eu des valvulopathies (NDLR: atteinte des valves du coeur) et on a découvert qu'ils avaient en commun de prendre du Mediator. Le laboratoire Servier a été alerté, mais ils nous ont juré que cela n'avait rien à voir avec leur médicament J'ai transmis notre rapport d'alerte en février 2008 à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Affsaps), qui l'a stocké dans un coin. Cela m'a énervée ! On a poursuivi notre enquête, grâce à des données communiquées confidentiellement par l'assurance maladie. On a ainsi pu prouver que le Mediator avait fait cinq morts et provoqué des complications graves chez plusieurs centaines de personnes. On a transmis toutes ces informations à l'Afssaps en février 2009, qui nous a enfin pris au sérieux et a fini par l'interdire en novembre.


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