Mediator : la fin de non-recevoir de Servier à Bertrand

Le Figaro, lundi 28 mars 2011, par Anne Jouan et Marie-Amélie Lombard

Mediator : la fin de non-recevoir de Servier à Bertrand

Actualités de l'association de défense des victimes du Médiator et de l'Isoméride (AVIM)

Mediator : la fin de non-recevoir de Servier à Bertrand

Le Figaro, lundi 28 mars 2011, par Anne Jouan et Marie-Amélie Lombard

INFO LE FIGARO - Le ministre de la Santé a promis lundi aux victimes une proposition rapide d'indemnisation.


Qui va payer ? C'est tout l'enjeu des négociations et du bras de fer actuel entre Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, les laboratoires Servier et les associations de victimes.


Or, selon nos informations, Servier est bien décidé à ne pas se laisser dicter sa conduite. Mis en demeure de revoir ses propositions par Xavier Bertrand ce week-end, le laboratoire Servier ne veut pas du « diktat » du ministre qui cherche à imposer une indemnisation intégrale des victimes, via un fonds spécial Mediator. « Il existe déjà un dispositif, celui de la loi Kouchner et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, observait lundi Lucy Vincent, directrice générale des affaires extérieures de Servier. Pourquoi sortir de ce cadre légal ? »


Malgré ces tractations tendues, il faudra mettre fin au dialogue de sourds : lundi prochain, l'État a promis de présenter aux victimes une proposition définitive d'indemnisation.


Lundi matin, les associations de victimes étaient reçues au ministère. Claire Favre, la magistrate missionnée pour définir le cadre des indemnisations, a présenté les propositions de Servier. Le ministre de la Santé, qui s'était invité à la réunion, convoqué en urgence, a une nouvelle fois jugé l'offre du laboratoire insuffisante. Pour le moment, deux fonds coexistent. D'une part, celui prévu par la loi Kouchner de 2002. D'autre part, celui proposé par Servier couvrant, lui, les préjudices plus faibles. L'État peut ensuite se retourner contre le laboratoire pour lui demander de rembourser les sommes dépensées dans le cadre du fonds Kouchner.


Claire Favre doit rencontrer Servier dans la semaine pour obtenir du groupe pharmaceutique qu'il revoie sa copie. Mais visiblement ses interlocuteurs n'y sont pas prêts.


Deux logiques s'affrontent. D'un côté le ministre qui avait, dès sa prise de fonction, appelé de ses vœux une indemnisation juste et rapide des victimes. Avantages : l'État ne mettrait pas la main au portefeuille et le ministre pourrait se prévaloir d'avoir fait « plier » Servier. Sans compter qu'une corbeille bien garnie permettrait de faire oublier les responsabilités de l'État dans l'affaire du Mediator en ne prenant pas suffisamment en compte les déclarations d'effets indésirables graves qui auraient dû signer la fin du médicament dès 1999. De l'autre, le groupe pharmaceutique qui n'entend pas porter seul la responsabilité financière de ce drame sanitaire. Et qui réfute toujours l'importance du rôle de son médicament dans les pathologies associées.


Xavier Bertrand veut éviter à tout prix que le contribuable paye « à la place du laboratoire ». D'autant que Matignon a bien précisé qu'il était hors de question de débloquer de l'argent public pour les indemnisations. Christian Saout, président du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss), estime pourtant que « la partie de bras de fer va se terminer par un fonds public ». Il craint que « Servier ne paie jamais le moindre centime ».


De leur côté, les malades commencent à trouver le temps long. Ainsi l'avocat de l'Avim (Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator), Jean-Christophe Coubris craint que l'objectif principal, celui d'une indemnisation rapide, soit perdu de vue. « Ce n'est pas aux malades de se soucier de qui va payer ! » ajoute Dominique-Michel Courtois, le président de l'Avim.


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