Actualités de l'association de défense des victimes du Médiator et de l'Isoméride (AVIM)

Médiator : autopsie d'un scandale

La Dépêche, samedi 18 décembre 2010

Entre 1000 et 2000 morts, selon les derniers chiffres d'une enquête menée par des épidémiologistes mandatés par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), 3 500 hospitalisations et des centaines, peut-être des milliers, de victimes qui s'ignorent encore.


Comment et pourquoi la France se retrouve-t-elle aujourd'hui en situation sanitaire de crise, face à ce qui s'annonce, pour beaucoup, comme la plus grosse affaire de santé publique de son histoire moderne ?


Pour donner à ses lecteurs les clés de compréhension de ce dossier tentaculaire, « La Dépêche du Midi » a réuni les deux spécialistes toulousains de « l'affaire du Médiator ».


Pourquoi le dispositif français de pharmacovigilance a-t-il failli ?


Pourquoi ce médicament sur lequel de lourds soupçons ont pesé très tôt a-t-il été prescrit jusqu'en 2009 dans l'Hexagone ?


Pourquoi les « sentinelles » de pharmacovigilance n'ont-elles pas été écoutées ?


Quelles sont les responsabilités ?


Et surtout, quelles leçons tirer de l'affaire du Médiator pour éviter, comme on le déclare souvent en prières incantatoires dans ce genre de circonstance, que la catastrophe se répète ?


Des questions essentielles auxquelles répondent aujourd'hui Gérard Bapt, cardiologue, député PS de Haute-Garonne à l'origine de la révélation du scandale, et François Chollet, neurologue, président du conseil d'administration de l'Afssaps.




Le chiffre : 59 %

Les Français suspicieux « On nous cache beaucoup de choses ». Une majorité de Français pense qu'on leur cache « beaucoup de choses » en matière de risques sanitaires et font très peu confiance au gouvernement.


Selon le 4e rapport de l'Observatoire des risques sanitaires, réalisée par l'institut Opinionway, la « crise de confiance dans le politique s'aggrave » dans le domaine des crises sanitaires, comme le souligne le cabinet de conseil Vae Solis corporate. En effet, 59 % des Français pensent qu'on leur cache « beaucoup de choses », et 26 % qu'on ne leur donne « que les informations les plus rassurantes ».


Scientifiques (66 %) et associations (51 %, contre 35 % en 2005) viennent loin devant l'administration (21 %) ou le gouvernement (6 %) quand on cite les deux acteurs à qui on fait le plus confiance pour dire la vérité sur une crise sanitaire.




Interview : « 200 plaintes seront déposées en janvier »

L'AVI, association d'aide aux victimes de l'Isoméride que vous présidez a étendu son champ d'intervention aux victimes du Médiator. Que s'est-il passé depuis les révélations du mois dernier ?


À ce jour, nous avons enregistré 50 000 contacts environ. Mais je dois signaler que depuis six à huit mois, des dossiers « Médiator » nous étaient spontanément transmis. Il s'agissait, en quelque sorte, des signes précurseurs du scandale qui vient d'éclater.


Justement, comment jugez-vous l'affaire du Médiator, à la lueur de l'expérience acquise par votre association ?


Je crois pouvoir dire sans me tromper que nous sommes, en volume, devant l'un des plus gros problèmes de santé publique en France. Je rappelle que ce médicament a été utilisé par 5 millions de patients de 1975 à 2009, et qu'il était encore prescrit à 300 000 personnes lorsqu'il a été retiré du marché. Et on sait que les effets secondaires de la molécule peuvent se manifester plusieurs années après l'arrêt du traitement.


Vous dites avoir été contacté par 50 000 personnes. Avez-vous décelé des cas sérieux de pathologies directement liées à la prise du médicament ?


Fin janvier, nous allons déposer deux cents plaintes au pénal pour « blessures involontaires », « mise en danger de la vie d'autrui » et même « homicide involontaire » contre les laboratoires Servier. Ces procédures que nous transmettrons directement au pôle judiciaire de santé à Paris, reposent sur des dossiers très complets.


Lorsqu'à partir de 2006, nous avons porté l'affaire de l'Isoméride - un autre produit du laboratoire français - devant la justice, nous nous sommes heurtés au « système Servier ». Ces gens-là sont redoutables. Ils disposent de médecins-experts et d'avocats d'une remarquable efficacité. Sur l'ensemble des plaintes que nous avons déposées - et elles étaient nombreuses -, je crains qu'au final nous n'obtenions condamnation que pour une vingtaine seulement, et sans doute au bout des longues années de procédure, lorsque toutes les voies de recours auront été épuisées par les avocats de Servier.


Mais cette douloureuse expérience nous a été utile. Elle nous a renseignés sur la stratégie de défense de l'adversaire. Cette fois, les victimes du Médiator vont apporter les preuves irréfutables du mal qu'elles ont subi en consommant un produit Servier.


Il se pourrait aussi que nous poursuivions l'Afssaps pour « complicité », avertit enfin le Docteur Courtois.


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Tags: mediator, benfluorex, Docteur Dominique Courtois, médicament, diabete, afssaps, servier, hypertension pulmonaire



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